Annie Lummerzheim-Florkin

Vidéographie, ce fut d’abord une émission TV produite et diffusée de 1976 à 1986 sur les antennes de la RTBF (Radio-Télévision belge d’expression française). Les téléspectateurs de la chaîne publique ont ainsi découvert l’art émergent de l’époque : la vidéo.

Née dans les années septante à l’initiative du producteur Jean-Paul Tréfois et de Robert Stéphane, Vidéographie fut la première émission en Europe à être exclusivement consacrée à la vidéo. Diffusée sur les antennes de la RTBF de 1976 à 1986, cette expérience télévisuelle fascinante et inédite qui s’est développée dans le sillage des révolutions esthétiques, politiques et technologiques de la fin des années soixante a toujours suivi, tout au long des 135 numéros produits durant cette décennie, le double objectif éducatif et artistique qui lui était fixé.

Si les premiers numéros restent relativement hétéroclites et volontairement pédagogiques, les producteurs vont rapidement infléchir la ligne éditoriale pour donner au programme sa véritable identité. Vidéographie, portée par un élan anticonformiste et délibérément militant, avait alors pour ambition de transformer radicalement la société à l’aide de la télévision. Les liens étroits noués avec Canal emploi ou la télévision communautaire RTC, tous deux engagés dans la production et le soutien aux œuvres alternatives, s’inscrivaient directement dans cette perspective.

Dans le même temps, Vidéographie poursuit sa mission de promotion de l’art vidéo qui se positionne déjà à cette époque comme l’une des formes d’art les plus importantes de la seconde moitié du XXe siècle. Espace communautaire tout autant que véritable canal de diffusion, l’émission va offrir au public la possibilité unique de découvrir les travaux des jeunes artistes américains, allemands et français de l’époque (Bill Viola, Nam June Paik, Wolf Vostel, Jean-Luc Godard), mais aussi, et surtout, va contribuer à l’émergence et à la reconnaissance de la vidéo belge (et singulièrement liégeoise) en rassemblant autour d’elle un certain nombre d’artistes singuliers parmi lesquels Jacques-Louis Nyst, Jacques Lizène, Jean-Claude Riga, Jacques Charlier, les frères Dardenne.

Dès 1979, Vidéographie va entamer une ultime et décisive évolution en développant, à l’instar des télévisions publiques américaines, une politique de production ciblée. Ouvrant ses studios aux artistes nationaux et internationaux, mettant son expertise et ses moyens au service d’événements artistiques d’ampleur internationale (on se souvient notamment du concert-performance « United States » de Laurie Anderson organisé au Cirque Divers en 1979), Vidéographie va définitivement marquer l’histoire de l’art vidéo et faire de Liège un pôle important de la création artistique contemporaine.

La disparition de l’émission en 1986 s’est produite sous l’effet d’une évolution spectaculaire de la vidéo au début des années quatre-vingt. Née de la télévision, elle va en effet rapidement et beaucoup plus volontiers se développer, sous sa forme installation, dans le domaine des musées et galeries. Conscients de cette transformation, les producteurs de Vidéographie jugent que la vidéo n’a plus autant besoin de leur soutien et décident alors de se consacrer à d’autres domaines de création.

 

Jacques Delcuvellerie

Vidéographies

L’esprit avant-gardiste de Vidéographie ne disparaît cependant pas totalement avec l’émission. En 2003, l’ASBL Vidéographies, au pluriel, est fondée. Ancrée à Liège, elle continue depuis plus de 10 ans d’entretenir le mouvement des images et le choc des imaginaires. Ses objectifs sont de promouvoir la création, l’expérimentation et les arts numériques par l’organisation d’événements et la production d’émissions TV.
Ainsi, entre 2012 et 2013, elle a produit 9 émissions pour La Trois (RTBF). Ces émissions mélangeaient des vidéos contemporaines et des archives de l’émission historique, les pionniers de l’art vidéo et les œuvres des lauréats du concours international d’art vidéo organisé par Vidéographies en 2010, en collaboration avec la Biennale internationale d’art contemporain d’Istanbul.Côté événements, Vidéographies organise en 2007 le Crazy Cinématographe ou la Nuit de la vidéo. En 2012, l’association propose une carte blanche à Argos pour une soirée belge intitulée Par delà la frontière/Over de Grens.

Dès 2009, elle travaille au plus près des Capitales Européennes de la Culture :

  • En 2009, la soirée Exprmntl[21] avec Linz 2009 et Ars Electronica. Ce festival était notamment consacré aux nombreux films primés dans le cadre des mythiques festivals EXPRMNTL, organisés à Knokke puis à Bruxelles entre 1949 et 1973, et qui apparaissent aujourd’hui encore comme quelques-unes des plus grandes manifestations jamais consacrées au cinéma expérimental et d’avant-garde.
  • En 2010, des activités sont organisées en partenariat avec Istanbul 2010.
  • En 2011, Vidéographies travaille avec Tallinn 2011 et tout particulièrement autour de Priit Parn, artiste estonien et célèbre réalisateur de films d’animation pour une soirée « Animation expérimentale »
  • En 2013, Marseille 2013 rejoint Liège pour célébrer le 50e anniversaire de l’art vidéo. A cette occasion, Les Instants Vidéo Numériques et Poétiques (Marseille) propageaient les célébrations aux quatre coins du monde (Tokyo, Liège, Alexandrie, Ramallah et Marseille).
  • En 2015, Vidéographies travaille avec Mons 2015 pour le festival international d’art vidéo, EUROVIDEO 2015.
  • A l’heure de 2016, l’association se prépare à des échanges d’oeuvres, d’artistes et d’évènement avec Donostia San Sebastian 2016 (DSS 2016)